Préparer le domicile avant un retour d'hospitalisation
Rédigé par Rabah Slimani, Infirmier diplômé d'État · · 5 min de lecture
Revu le · Relu par Julie Martin
Ce qu'il vaut mieux avoir réglé la veille de la sortie pour que la première visite infirmière serve à soigner, pas à chercher du matériel.

L'essentiel
- Trois documents suffisent à sécuriser une sortie : ordonnance de sortie, compte rendu et liste des traitements.
- Le matériel prescrit doit être livré avant la sortie, pas commandé le jour même.
- La première visite infirmière sert à soigner : tout ce qui peut être préparé la veille l'être.
- Un contact identifié côté hôpital évite de perdre deux jours en cas d'ordonnance incomplète.
Les documents à garder à portée de main
L'ordonnance de sortie, le compte rendu d'hospitalisation, la carte Vitale et l'attestation de mutuelle suffisent pour démarrer une prise en charge.
Si une ordonnance manque, ce n'est pas bloquant pour le premier passage : nous appelons le service ou le médecin traitant. Mais cela coûte du temps qui aurait pu être consacré au soin.
Sortie d'hospitalisation : qui fait quoi, de quel côté
La rupture de soins ne vient presque jamais d'un geste manqué, mais d'une case que personne n'a cochée entre deux organisations.
Le service hospitalier
Ordonnance de sortie
Le service rédige les soins à poursuivre et la date du premier passage attendu.
Matériel et livraison
Le service indique ce qui est fourni et ce qui doit être commandé en pharmacie.
Compte rendu
Le service transmet le compte rendu au médecin traitant, qui reste le pilote du suivi.
Le cabinet à domicile
Prise de contact
Nous confirmons que le secteur, le rythme et le matériel sont couvrables avant la sortie.
Premier passage
Nous venons à la date convenue, avec l'ordonnance et le compte rendu sous les yeux.
Retour d'observation
Nous écrivons ce que nous constatons au domicile et l'adressons au médecin traitant.
Le matériel livré par le prestataire
Lit médicalisé, matelas anti-escarre, pied à perfusion, déambulateur : la livraison est souvent prévue le jour de la sortie, parfois après. Vérifiez l'heure annoncée.
Les pansements, seringues et compresses prescrits sont à retirer en pharmacie avant la première visite. Nous ne transportons pas de stock au nom du patient.
Rendre le domicile praticable
Un point d'eau accessible, un éclairage correct dans la pièce où se fera le soin, une surface propre pour poser le matériel : cela suffit.
Dégager le passage jusqu'au lit, retirer les tapis glissants et prévoir une chaise stable réduisent nettement le risque de chute dans les premiers jours.
Les quarante-huit heures qui précèdent la sortie
La sortie d'hospitalisation se joue rarement le jour même : elle se joue l'avant-veille, quand le service annonce une date. C'est à ce moment qu'il faut appeler le cabinet, la pharmacie et le prestataire de matériel, dans cet ordre.
Nous confirmons alors la faisabilité du premier passage, l'heure approximative et la liste précise de ce qui doit être disponible au domicile. Une prise en charge refusée faute de place se sait à ce moment-là, pas le soir de la sortie.
Si un traitement anticoagulant est instauré à l'hôpital, demandez au service le calendrier de surveillance biologique : la première prise de sang, souvent un contrôle d'INR, tombe fréquemment dans les trois jours qui suivent le retour.
Les proches : ce qu'on peut leur demander, ce qu'on ne doit pas
Un proche peut préparer la pièce, gérer les livraisons, tenir le calendrier des passages et donner les codes d'accès. C'est déjà considérable, et cela change réellement les premiers jours.
Un proche n'a en revanche pas à réaliser un soin technique, à juger d'une plaie ni à adapter un traitement. Confondre aide et soin épuise les familles et retarde les alertes utiles.
Nous laissons au domicile un document unique avec les numéros à appeler, l'heure des passages et les signes qui justifient de ne pas attendre le prochain.
Ce que nous vérifions à la première visite
La concordance entre l'ordonnance de sortie et les traitements réellement présents au domicile.
La compréhension du traitement par la personne et par ses proches.
Les constantes, la douleur et l'état de la cicatrice ou du point de ponction s'il y en a un.
Qui fait quoi, du service hospitalier à la première visite
Une sortie ne tient jamais à une seule personne. Elle tient à une chaîne courte où chacun sait ce qu'il doit produire, et à quel moment. Quand un maillon manque, ce n'est pas le soin qui s'arrête, c'est le temps du soin qui se transforme en temps de téléphone.
Le tableau ci-dessous décrit la répartition telle que nous la vivons sur le secteur. Il n'a pas valeur réglementaire : il sert à savoir qui appeler quand quelque chose bloque.
| Qui | Ce qu'il produit | Quand |
|---|---|---|
| Service hospitalier | Ordonnance de sortie, compte rendu, liste des traitements | Avant la sortie |
| Prestataire de matériel | Lit, matelas, pied à perfusion, livraison au domicile | La veille ou le jour même |
| Pharmacie | Pansements, seringues, compresses, traitements | Avant la première visite |
| Cabinet infirmier | Confirmation de faisabilité, planification des passages, transmissions | Dès l'annonce de la date |
| Médecin traitant | Suite de la prescription, adaptation du traitement | Dans les jours qui suivent |
Les trois scénarios de sortie, et ce qu'ils changent
Une sortie programmée après une chirurgie réglée est le cas le plus simple : la date est connue plusieurs jours à l'avance, le matériel arrive à temps, la première visite se planifie sans tension.
Une sortie avancée — le service libère la place plus tôt que prévu — est la plus fréquente cause d'improvisation. Le réflexe utile tient en un appel : prévenez-nous avant de quitter l'établissement, pas une fois rentré.
Une sortie après un séjour non programmé (urgences, décompensation) demande davantage de vérifications : les traitements habituels ont souvent été modifiés, et la liste remise à la sortie fait foi, pas la boîte restée dans le tiroir.
La check-list de la veille
Elle se lit en deux minutes et s'imprime. Nous la donnons aux familles qui la demandent, parce qu'un domicile prêt fait gagner un quart d'heure de soin dès le premier jour.
- Date et heure de sortie confirmées par le service.
- Ordonnance de sortie lue : chaque acte attendu y figure.
- Pharmacie prévenue, matériel de soin retiré.
- Livraison du matériel lourd confirmée par le prestataire.
- Cabinet appelé, premier passage calé.
- Accès au domicile réglé : code, clé, étage, interphone.
- Pièce de soin dégagée, éclairage suffisant, point d'eau accessible.
- Numéros utiles affichés : cabinet, médecin traitant, pharmacie, 15.
La veille du retour : sept vérifications qui évitent un appel en urgence
Un retour se joue rarement sur le soin lui-même. Il se joue sur ce qui manque à vingt heures, quand la pharmacie est fermée et que le service hospitalier ne répond plus. Ces sept points se vérifient en dix minutes.
- L'ordonnance de sortie est physiquement au domicile, pas dans un dossier resté à l'hôpital.
- Les dispositifs prescrits (pansements, seringues, compresses) sont délivrés et déballés à portée de main.
- Le lit est accessible des deux côtés, avec un point d'appui stable pour se relever.
- Le chemin lit–toilettes est libre et éclairé la nuit, tapis retirés.
- Un téléphone chargé reste à portée depuis le lit et depuis le fauteuil.
- La liste des traitements en cours est à jour : celle de la sortie fait foi, pas les boîtes du tiroir.
- Un proche ou un voisin sait que le retour a lieu, et à quelle heure.
Ce qui aide vraiment à la maison, les premiers jours
Les premiers jours, la fatigue est plus forte que prévu et l'appétit plus faible. Fractionner les repas, laisser une bouteille d'eau visible et poser les objets utiles à hauteur de main évitent la moitié des déplacements risqués.
Une feuille posée sur la table de la cuisine — heure des passages, numéro du cabinet, numéro du médecin traitant, traitements du jour — sert autant au patient qu'au proche qui passe en fin de journée. Nous la laissons systématiquement lors de la première visite.
Enfin, on gagne du temps en préparant un espace de soin dédié : une surface propre, dégagée, à hauteur, où le matériel reste rangé entre deux passages plutôt que dispersé dans trois pièces.
Ce qui doit faire appeler
Une rougeur qui s'étend autour d'une cicatrice, un écoulement nouveau, une fièvre inexpliquée, une douleur qui augmente au lieu de diminuer, une chute même sans douleur immédiate, ou l'impossibilité de prendre un traitement prescrit : ces situations se signalent le jour même, au cabinet ou au médecin traitant.
En dehors de nos horaires, la règle est celle de toute urgence : 15, ou 112 depuis un mobile.

Ce que nous écrivons lors de la première visite
La première visite produit une trace courte mais structurante : état constaté à l'arrivée, écarts avec le compte rendu de sortie, matériel présent et manquant, accès au logement, personne à prévenir, rythme de passage retenu.
Cette trace part le lendemain au médecin traitant. Elle sert de point zéro : tout ce qui évoluera ensuite — cicatrisation, autonomie, tolérance d'un traitement — se lira par rapport à elle plutôt que par rapport à un souvenir.
Questions fréquentes sur cette page
Que faire si l'ordonnance de sortie manque un acte ?
Qui commande le lit médicalisé ?
Faut-il être présent lors de la première visite ?
Combien de jours avant la sortie faut-il nous appeler ?
Le service PRADO remplace-t-il l'appel au cabinet ?
Le matériel n'est pas arrivé le jour de la sortie : que faire ?
Faut-il être présent au domicile à l'heure exacte du passage ?
Mots expliqués
- PRADO
- Programme d'accompagnement du retour à domicile de l'Assurance Maladie : un conseiller organise, depuis l'hôpital, les premiers rendez-vous de ville après la sortie.
- Ordonnance
- Prescription écrite d'un médecin : elle indique l'acte, la fréquence et la durée. Sans elle, un soin infirmier ne peut être ni réalisé ni remboursé, sauf actes en accès direct prévus par la réglementation.
- HAD
- Hospitalisation à domicile : structure qui délivre chez le patient des soins d'une intensité hospitalière, avec une coordination médicale propre.
- Transmissions
- Compte rendu écrit d'un passage : ce qui a été fait, ce qui a été observé, ce qui doit être surveillé. C'est la mémoire partagée de la prise en charge.
- Anticoagulant
- Médicament qui ralentit la coagulation du sang pour prévenir un caillot. Il impose une surveillance des saignements et, pour certains, un contrôle biologique régulier.
- INR
- Mesure biologique de la coagulation, utilisée pour ajuster la dose d'un anticoagulant de la famille des antivitamines K.
Sources officielles
Ce que nous écrivons s'appuie sur des références publiques que vous pouvez vérifier vous-même.
Cette page est informative et ne remplace ni une consultation médicale ni une prescription.