Escarres et chutes : les deux risques qui se jouent entre nos passages
Rédigé par Rabah Slimani, Infirmier diplômé d'État · · 5 min de lecture
Revu le · Relu par Julie Martin
Ces deux complications se préparent en dehors de nos visites, dans les heures où personne n'est là. Ce que les proches peuvent surveiller, et à quel moment nous appeler.

L'essentiel
- Une rougeur qui ne blanchit pas sous la pression du doigt est le premier stade d'une escarre : à ce moment, tout est encore réversible.
- Changer de position régulièrement reste la mesure la plus efficace, avant tout dispositif.
- La plupart des chutes se préviennent en modifiant l'environnement, pas la personne.
- Toute chute doit nous être signalée, même sans douleur immédiate.
Pourquoi ces deux-là avant les autres
Une escarre et une chute partagent le même point commun : elles transforment une situation stable en hospitalisation, parfois définitive pour le maintien à domicile.
Elles se préviennent presque entièrement par des gestes simples et répétés, ce qui suppose que les proches sachent lesquels. C'est le seul objet de cette page.
Escarre : les signes qui doivent alerter
Une rougeur qui ne blanchit pas à la pression du doigt, au niveau du sacrum, des talons, des hanches ou des coudes, est le premier stade : à ce moment-là, tout est encore réversible.
Le changement de position régulier, une literie sans pli, une peau sèche et propre, une alimentation et une hydratation suffisantes restent les mesures les plus efficaces.
Un talon se protège en le laissant flotter, jamais en le calant sur un coussin qui reprend appui au même endroit.
Chute : agir sur l'environnement avant d'agir sur la personne
Tapis non fixés, fils qui traversent une pièce, éclairage insuffisant la nuit entre le lit et les toilettes, chaussons ouverts à l'arrière : ce sont les causes les plus fréquentes et les plus faciles à corriger.
Un lever brutal après un repas ou un changement de traitement peut provoquer un malaise. Se lever en deux temps — s'asseoir au bord du lit, attendre — évite une partie de ces chutes.
Toute chute, même sans douleur immédiate, doit nous être signalée : chez une personne sous anticoagulant, un choc à la tête impose un avis médical rapide.
Ce que nous mettons en place, semaine après semaine
La première semaine sert à observer : à quelle heure la personne se lève, où elle s'appuie, combien de temps elle reste assise, ce qu'elle mange réellement. Une prévention construite sur des suppositions ne tient pas quinze jours.
Ensuite viennent les mesures concrètes : alternance des points d'appui à intervalle défini, protection des talons et du sacrum, hydratation surveillée, apport protéique discuté avec le médecin, et chaussage fermé plutôt que chaussons.
Chaque passage vérifie deux choses seulement, mais systématiquement : l'état de la peau aux points d'appui, et un obstacle nouveau apparu sur le trajet lit-toilettes. Ce sont les deux endroits où tout se joue.
Quand nous appeler
Rougeur persistante, plaie nouvelle, changement d'odeur ou d'aspect d'une plaie existante, fièvre inexpliquée, chute avec ou sans douleur, refus alimentaire durable.
En dehors de nos horaires, la conduite reste la même que pour toute urgence : 15 ou 112. Nous préférons un appel inutile à un signalement tardif.
Les points d'appui, dans l'ordre où ils cèdent
La prévention devient concrète dès qu'on nomme les endroits à regarder. Ce sont presque toujours les mêmes, et ils dépendent surtout de la position passée le plus de temps.
Ce tableau sert de repère d'observation, pas de protocole de soin : les mesures elles-mêmes relèvent des recommandations de la Haute Autorité de santé et de la prescription médicale.
| Position | Zones à regarder | Fréquence d'observation |
|---|---|---|
| Alité sur le dos | Sacrum, talons, omoplates, arrière du crâne | À chaque passage |
| Alité sur le côté | Hanches, chevilles, genoux, oreilles | À chaque passage |
| Fauteuil prolongé | Ischions, coccyx, coudes | À chaque passage |
| Marche difficile | Talons, avant-pieds, zones de frottement des chaussures | Chaque semaine |
Le domicile, pièce par pièce
La majorité des chutes que nous voyons ne se produisent pas dehors, mais sur trois mètres de couloir. Un tour du logement, une fois, règle une partie du problème pour des mois.
- Chambre : trajet dégagé jusqu'au lit, interrupteur ou veilleuse accessible depuis le lit.
- Couloir : pas de tapis libre, pas de rallonge en travers, lumière suffisante la nuit.
- Salle de bain : tapis antidérapant, barre d'appui si elle est prescrite, siège de douche stable.
- Cuisine : ce qui sert tous les jours à hauteur de main, jamais sur un tabouret.
- Escalier : rampe solide, marches libres, contraste visible sur la première et la dernière marche.
- Chaussage : chaussures fermées tenant le pied, à la place des pantoufles souples.
Après une chute : les vingt-quatre heures qui comptent
Une chute sans douleur immédiate n'est pas une chute sans conséquence. Nous demandons à en être informés même quand tout semble aller bien, parce que certaines complications s'expriment avec retard.
Une chute avec traumatisme crânien chez une personne sous anticoagulant justifie un avis médical rapide, sans attendre l'apparition d'un symptôme. En cas de doute sur la gravité, le 15 tranche mieux qu'un raisonnement à distance.
Nous notons ensuite les circonstances exactes : heure, pièce, chaussage, activité, éclairage. Une chute racontée précisément se prévient ; une chute résumée en un mot se répète.
Les points d'appui à regarder chaque jour
Entre deux passages, ce sont les proches qui voient en premier. Regarder ne veut pas dire soigner : il s'agit de repérer une rougeur qui ne s'efface pas à la pression et de nous le dire.
- Talons, en position allongée comme assise.
- Sacrum et fessiers, points les plus exposés en position assise prolongée.
- Hanches et faces externes des genoux en décubitus latéral.
- Coudes et omoplates.
- Oreilles et arrière du crâne chez une personne alitée.
- Zones en contact avec un dispositif : sonde, masque, attelle, bas de contention.
Ce qui réduit réellement le risque de chute
Trois modifications matérielles pèsent plus que tous les conseils : un éclairage nocturne sur le trajet lit–toilettes, le retrait des tapis, et un point d'appui stable là où l'on se lève.
Vient ensuite l'usure : chaussons ouverts à l'arrière, semelles lisses, canne mal réglée, lunettes non renouvelées. Ces détails se corrigent en une journée et se contrôlent à chaque bilan.
Enfin, une chute sans conséquence apparente reste une information capitale : elle annonce souvent la suivante. Nous la notons, même quand la personne préfère la minimiser.
Ce qui doit faire appeler
Rougeur qui ne blanchit pas à la pression, peau ouverte même minime, douleur nouvelle à un point d'appui, chute avec ou sans douleur, impossibilité de se relever seul, malaise au lever : appelez le jour même.
Une escarre repérée au stade de la rougeur se traite très différemment d'une escarre découverte ouverte.

Ce que nous notons, et ce que ça déclenche
Une rougeur constatée est datée, localisée et décrite ; une chute est notée même sans conséquence, avec l'heure et les circonstances. Ces deux notations déclenchent une transmission au médecin traitant le jour même.
L'intérêt n'est pas comptable. Trois chutes en un mois racontent autre chose qu'une chute isolée : parfois un traitement à revoir, parfois une baisse de vision, parfois un logement à adapter. C'est la répétition, datée, qui rend la cause visible.
Questions fréquentes sur cette page
Un coussin suffit-il à protéger un talon ?
Faut-il consulter après une chute sans douleur ?
Quels changements font le plus de différence ?
À quelle fréquence faut-il changer de position ?
Faut-il masser une rougeur pour la faire partir ?
Faut-il masser les rougeurs ?
Un matelas anti-escarre est-il pris en charge ?
Mots expliqués
- Escarre
- Lésion de la peau et des tissus provoquée par une pression prolongée sur une zone d'appui (sacrum, talons, hanches), fréquente en cas d'immobilité.
- Anticoagulant
- Médicament qui ralentit la coagulation du sang pour prévenir un caillot. Il impose une surveillance des saignements et, pour certains, un contrôle biologique régulier.
- Protocole de soin
- Description écrite et datée de la manière dont un soin doit être réalisé pour un patient précis : produits, matériel, fréquence, critères d'alerte.
Sources officielles
Ce que nous écrivons s'appuie sur des références publiques que vous pouvez vérifier vous-même.
Cette page est informative et ne remplace ni une consultation médicale ni une prescription.