Le bilan de soins infirmiers : ce qui se passe vraiment chez vous
Rédigé par Julie Martin, Infirmière diplômée d'État · · 4 min de lecture
Revu le · Relu par Rabah Slimani
Pour une personne dépendante de 90 ans ou plus, la prise en charge ne se compte plus en actes mais en besoins. Voici comment ce bilan est fait, ce qu'il change pour vous, et ce qu'il ne change pas.

L'essentiel
- Le bilan de soins infirmiers concerne les personnes de 90 ans et plus dépendantes et remplace l'ancienne démarche de soins.
- Il décrit l'autonomie réelle, pas la pathologie : mobilité, hygiène, alimentation, cognition, environnement.
- Il détermine un forfait journalier de prise en charge, réévalué à chaque changement d'état.
- Il est transmis au médecin traitant, qui le valide.
À qui il s'adresse
Le bilan de soins infirmiers concerne les personnes dépendantes qui reçoivent des soins d'hygiène et de surveillance à domicile. Il remplace, pour elles, la facturation acte par acte : l'Assurance Maladie raisonne en besoins couverts et non en gestes comptés.
Il fait suite à une prescription médicale. Sans prescription, il n'y a ni bilan, ni prise en charge : c'est le médecin qui ouvre la porte, l'infirmier ou l'infirmière qui l'organise.
Le bilan de soins infirmiers, étape par étape
Ce n'est pas une formalité administrative : c'est ce qui décide du contenu et du rythme des passages pour les mois qui suivent.
Évaluation au domicile
Autonomie, environnement, entourage, traitements en cours et risques repérés.
Plan de soins
Ce qui sera fait, à quelle fréquence, et ce qui relève d'un autre professionnel.
Accord du médecin
Le plan est adressé au médecin traitant, qui prescrit ce qui doit l'être.
Mise en œuvre
Les passages suivent le plan ; chaque écart constaté est écrit.
Réévaluation
Le bilan est repris quand l'état change, et non seulement à l'échéance prévue.
Ce que nous observons pendant la visite d'évaluation
L'autonomie réelle, pas déclarée : se lever, se laver, s'habiller, se déplacer dans le logement, préparer et prendre ses traitements.
L'environnement : accessibilité de la salle de bain, présence d'un lit adapté, éclairage, marches, présence ou absence d'un proche aidant et sa charge réelle.
Les risques prioritaires : chute, dénutrition, escarre, confusion, isolement. Ce sont eux qui déterminent la fréquence des passages.
Ce que cela change pour la personne et sa famille
La fréquence des passages découle des besoins évalués, pas d'une négociation. Une aggravation justifie une réévaluation : le bilan n'est pas gravé pour l'année.
Le médecin traitant reçoit le bilan. Il devient une base de discussion commune : la famille n'a plus à raconter deux fois la même chose à deux professionnels différents.
Le reste à charge suit les règles habituelles de l'Assurance Maladie et de la complémentaire ; nous vous disons franchement, avant de commencer, ce qui sera facturé.
Comment il est réévalué dans le temps
Un bilan n'est pas un document figé : il est réévalué quand l'état de la personne change — après une hospitalisation, une chute, une perte d'autonomie ou, à l'inverse, une récupération.
Entre deux réévaluations, chaque passage alimente les observations : c'est cette continuité qui permet de démontrer une évolution plutôt que de la supposer.
La demande de réévaluation peut venir de nous, du médecin, de la personne elle-même ou de sa famille. Aucune de ces demandes n'est traitée comme une remise en cause : elles sont le fonctionnement normal du dispositif.
Ce que le bilan ne fait pas
Il n'ouvre pas de droits sociaux : l'APA, l'aide-ménagère ou le portage de repas relèvent du conseil départemental et des services d'aide à domicile, que nous pouvons vous indiquer.
Il ne remplace pas un avis médical. Si l'état de santé se dégrade, la conduite reste la même : nous appelons le médecin traitant, et le 15 en cas d'urgence vitale.
Ce que le bilan regarde vraiment, domaine par domaine
Le bilan de soins infirmiers ne mesure pas une maladie : il décrit une situation de vie, avec ce qu'elle exige en soins et en surveillance. C'est un instrument d'organisation, pas un diagnostic.
| Domaine | Ce que nous regardons | Ce que cela change |
|---|---|---|
| Autonomie | Lever, toilette, habillage, déplacements | Durée et horaire des passages |
| Traitement | Compréhension, observance, gestion des piluliers | Fréquence de la surveillance |
| Peau | Points d'appui, cicatrices, plaies en cours | Rythme des soins de prévention |
| Environnement | Accès, éclairage, obstacles, chauffage | Conseils d'aménagement, alerte au médecin |
| Entourage | Présence, charge réelle, relais possibles | Coordination avec les autres intervenants |
Avant, pendant, après : le calendrier réel
Un bilan bien conduit se prépare et se conclut. Le temps passé au domicile n'est qu'une partie du travail.
Avant
Lecture de l'ordonnance, des comptes rendus disponibles et de l'historique connu du cabinet.
Pendant
Observation, questions ouvertes, vérification de ce qui est dit par ce qui est vu — un tiroir, une marche, une boîte de médicaments.
Après
Rédaction du plan de soins, transmission au médecin traitant, et explication à la personne et à ses proches.
Ensuite
Réévaluation à échéance, ou plus tôt si la situation change : hospitalisation, chute, nouveau traitement.
Ce que la famille peut préparer
Rien n'est obligatoire, mais une visite préparée dure moins longtemps et produit un plan plus juste.
- Ordonnances en cours, y compris celles des spécialistes.
- Derniers comptes rendus d'hospitalisation ou de consultation.
- Liste réelle des traitements pris, y compris ceux achetés sans ordonnance.
- Coordonnées du médecin traitant et des autres intervenants.
- Points de difficulté observés au quotidien, notés simplement.
Préparer le bilan : ce qui fait gagner une demi-heure
Le bilan dure plus longtemps qu'un passage ordinaire parce qu'il regarde l'ensemble de la situation, pas un geste. Réunir ces éléments avant notre arrivée évite d'y revenir.
- Toutes les ordonnances en cours, y compris celles des spécialistes.
- Les comptes rendus d'hospitalisation des douze derniers mois.
- La liste réelle de ce qui est pris, y compris ce qui a été arrêté seul.
- Les coordonnées du médecin traitant, du pharmacien et des intervenants à domicile.
- Les aides déjà en place : portage de repas, aide à domicile, téléassistance.
- Le nom de la personne de confiance, si elle a été désignée.
Ce que le bilan regarde, au-delà du soin
L'autonomie se mesure sur des gestes concrets : se lever, se laver, s'habiller, préparer un repas, gérer ses traitements, sortir. Ce sont ces gestes, et non un score abstrait, qui décident du plan de soins.
L'environnement compte autant : hauteur du lit, éclairage nocturne, tapis, barre d'appui, accès à la douche, présence d'un proche. Beaucoup de situations se stabilisent par une modification matérielle simple plutôt que par un soin supplémentaire.
Le bilan note enfin ce qui n'est pas de notre ressort et doit être adressé : consultation mémoire, ergothérapie, dossier d'aide, avis diététique. Nous ne décidons rien de tout cela ; nous le proposons au médecin traitant.
Ce qui doit faire appeler
Chute, confusion inhabituelle, perte de poids visible, refus alimentaire durable, plaie nouvelle, épuisement du proche aidant : ces signes modifient le plan de soins et ne se gardent pas pour le prochain bilan.
Un plan de soins se révise quand la situation change, pas seulement à la date anniversaire.

Ce que devient le bilan, une fois écrit
Le bilan n'est pas un document d'archive : il devient le plan de soins, c'est-à-dire la liste datée de ce qui sera fait, à quelle fréquence, et par qui. Il est transmis au prescripteur, qui le valide ou le corrige.
Il se révise à chaque changement notable — hospitalisation, chute, modification de traitement, arrivée ou départ d'un intervenant. Un plan de soins qui n'a pas bougé depuis un an sur une situation qui a bougé, lui, est un plan de soins faux.
Questions fréquentes sur cette page
Qui réalise le bilan ?
À quelle fréquence est-il refait ?
Le bilan coûte-t-il quelque chose au patient ?
Le bilan remplace-t-il une évaluation médicale ?
Peut-on demander une réévaluation avant l'échéance prévue ?
Le bilan est-il obligatoire pour être suivi par le cabinet ?
Qui reçoit le contenu du bilan ?
Mots expliqués
- BSI
- Bilan de soins infirmiers : évaluation structurée de l'autonomie et des besoins d'une personne de 90 ans ou plus dépendante, qui remplace la démarche de soins infirmiers et fixe le forfait journalier de prise en charge.
- NGAP
- Nomenclature générale des actes professionnels : la liste officielle des actes infirmiers et de leur cotation, qui détermine ce qui peut être facturé à l'Assurance Maladie.
- ALD
- Affection de longue durée : maladie chronique reconnue par l'Assurance Maladie qui ouvre droit à une prise en charge à 100 % des soins liés à cette maladie.
- Ordonnance
- Prescription écrite d'un médecin : elle indique l'acte, la fréquence et la durée. Sans elle, un soin infirmier ne peut être ni réalisé ni remboursé, sauf actes en accès direct prévus par la réglementation.
Sources officielles
Ce que nous écrivons s'appuie sur des références publiques que vous pouvez vérifier vous-même.
Cette page est informative et ne remplace ni une consultation médicale ni une prescription.